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Yves Dejardin
Garder le côté à échelle humaine de l’artisan tout en portant la casquette de l’entrepreneur

La scène est belle, presque digne d’un film. Celle d’un homme étouffé par son quotidien qui décide de tout quitter et de monter son projet depuis le garage paternel. Les années ont passé et le projet a évolué. C’est désormais depuis un atelier et avec deux employés qu’Yves Dejardin poursuit l’aventure Art Maker. Artisan ? Entrepreneur ? Les deux ! Rencontre avec celui pour qui le travail de la lumière est devenu (n’a jamais cessé d’être ?) un terrain de jeu.


 

Yves Dejardin
« Faiseur de lumières »
44 ans
Liège
Inscrit chez Smart depuis 2005


Interview

Est-ce que tu peux définir avec tes mots ce que tu fais comme travail ?

Mon boulot d’aujourd’hui, c’est le développement de la marque Art Maker, qui est une fabrique de luminaires en bois. Je ne suis presque plus que gestionnaire, car je n’ai plus le temps de fabriquer, placer et communiquer autour de la marque. Ce que je faisais au début. Je faisais tout de A à Z, mais avec la professionnalisation de la marque, j’ai dû apprendre à déléguer mon travail. Ce qui n’est pas une chose facile en tant qu’artiste. Bien entendu, une fois qu’on trouve les bonnes personnes, ça rend les choses plus faciles. Aujourd’hui, je chapeaute, même si je continue à être actif dans la recherche de nouveautés. Je m’investis également dans la recherche de nouvelles clientèles, mais en ce qui concerne la fabrication, j’ai transmis mon savoir-faire à d’autres personnes !

"Je suis quelqu’un qui a besoin de pouvoir prendre des initiatives"

Est-ce que tu peux m’expliquer ton parcours ?

Au départ, Art Maker était rattaché au mouvement des « makers »1, au FabLab. Il y a eu une grosse médiatisation autour de ce phénomène. Je m’intéressais principalement aux imprimantes 3D. Pour moi, en tant que graphiste et infographiste, c’était une révolution de faire sortir de l’ordinateur ce que je dessinais. Cela ne se retrouve plus du tout pour le moment dans les créations Art Maker, mais ça a été le déclencheur. Dès le début, je ne voulais pas me limiter aux impressions 3D, Art Maker pouvait s’étendre à tous les domaines. J’étais seul et dans cette liberté de création, je me suis lancé dans les luminaires. Petit à petit, je me suis fait connaître, la charge de travail a augmenté et c’est à ce moment-là que j’ai dû commencer à déléguer.

Avant tout cela, tu étais donc graphiste ?

Exact, j’ai un parcours d’infographiste. Après quoi, j’ai travaillé dans les sites web. J’ai occupé le poste de délégué commercial pour une des plus grandes multinationales de l’audiovisuel, j’ai bossé pour une compagnie d’assurance… Mais malgré tout le prestige que peut avoir ce genre de travail, j’ai toujours été déçu du côté de « la boîte avec le grand patron au-dessus ». Je ne me suis jamais vraiment retrouvé dans un système dans lequel on me disait de ne pas en faire trop. Toutes ces années, j’ai eu l’impression de vivre le rêve de ces grandes boîtes, pas le mien. Je suis quelqu’un qui a besoin de pouvoir prendre des initiatives. J’ai fini par en avoir marre et tout envoyer bouler.

Est-ce qu’à ce moment-là, tu sais déjà que tu vas créer des luminaires ?

Non, à ce moment-là, je suis très intéressé par tout ce qui est déco, design… mais ça relève plus du hobby. Je n’y pense pas encore comme un futur métier. C’est après avoir tout quitté, en me retrouvant sans grand-chose pour vivre, que je me suis décidé à faire de ma passion mon métier. Mais les débuts sont hésitants, j’avance petit pas par petit pas, avec les moyens dont je dispose.

"De manière imagée, si les sociétés sont une boîte, Smart doit être considérée comme une boîte dont les fenêtres sont ouvertes"

Tu sembles quelqu’un de déterminé, qui fonctionne seul. Alors, pourquoi fonctionner avec Smart et ne pas être indépendant ?

Si ce que je voulais est être seul, amasser de l’argent, créer ma société, créer de la plus-value et récupérer les dividendes de fin d’année, je serais dans un modèle où j’essaye de tirer la couverture pour moi tout seul. Ma plus grande satisfaction, c’est que depuis plusieurs années, j’ai deux personnes qui travaillent avec moi via des contrats Smart ! Je ne les bloque pas. Je comprends la sécurité que représente un emploi CDI, pour l’employeur et pour l’employé. Mais le CDI peut pousser les gens à devenir malades, car ils se sentent étouffés par cette sécurité. Ils ont peur de quitter cette sécurité, même si ce qu’ils font ne leur plaît plus. Ils sont bloqués dans un système, c’est ce que j’ai cherché à fuir. Et c’est ce que je propose également aux personnes avec qui je travaille. Nous sommes liés au mois ou à la semaine, mais ils ne sont pas « cadenassés ». Moi-même je suis dans cette situation, si j’ai envie un jour de partir, je peux le faire. Je pense que tout être humain qui sait qu’il a une porte de sortie est rassuré, car il sait que la porte est là, qu’il a la possibilité de la franchir seulement s’il le désire. Alors que si tout est fermé, on va naturellement se sentir bloqué et avoir envie d’en sortir.

De manière imagée, si les sociétés sont une boîte, Smart doit être considérée comme une boîte dont les fenêtres sont ouvertes. Il y a des règles d’entreprise, mais avec la liberté de regarder plus loin. Et ce système me correspond, tant professionnellement qu’humainement. Mais je conçois parfaitement que ce système puisse effrayer certaines personnes qui ont besoin d’un cadre plus hiérarchique.

Tu n’as jamais cherché à vendre tes luminaires sous le nom d’Yves, mais toujours en tant qu’Art Maker. Pourquoi ?

Je ne cherche pas à me mettre moi en avant. Mon nom ressort parfois dans un article ou une interview, mais selon moi, la marque est plus forte que mon nom. Si mes fils ou si quelqu’un d’autre reprend un jour mon travail, il faudra reprendre le nom de la marque, pas mon nom de famille… Qui plus est, nous sommes plusieurs à travailler pour Art Maker. Alors même si l’idée vient de moi, je trouve que lui donner mon seul nom ne serait pas représentatif de la marque.

Pendant combien de temps est-ce toi qui as développé Art Maker, de la création au placement chez le client ?

Le projet est relativement récent, notre page Facebook date de 2013. Le jour où je me suis dit qu’il fallait que je persévère, c’est le jour où j’ai vendu mon premier luminaire sur internet. J’ai réalisé que si des gens qui ne me connaissent pas achètent mes créations, Art Maker a du potentiel. Mes premiers clients, c’était donc sur internet.

"Je ne cherche pas à me mettre moi en avant…la marque est plus forte que mon nom"

Quel rapport entretiens-tu avec ta clientèle ? Qui est ta clientèle ?

Je connais de plus en plus mes clients, mais via l’e-commerce, il est évident que la clientèle va se diversifier. Actuellement, j’ai dans l’idée de retirer les luminaires des magasins pour reprendre la main sur ce que je vends et la manière dont je le vends, l’image que je vends. Je n’accepte plus que mes créations soient vendues sur un pied d’égalité avec des meubles qui ne respectent aucunement les valeurs que je mets dans mon travail.

Manifestement, ton rôle a évolué au sein d’Art Maker. Est-ce que l’artisan est devenu entrepreneur ?

Je veux garder ce côté artisan, mais ce n’est pas pour autant que je ne désire pas me développer comme un entrepreneur classique. À quelques différences près… Je ne désire pas reproduire toujours plus sans arrêt et finir par ouvrir une usine. Je veux garder le côté à échelle humaine de l’artisan et porter la casquette de l’entrepreneur qui défend cette vision. Tous nos luminaires sont travaillés de manière manuelle, et je pense que c’est désormais ce que nos clients viennent chercher. Mon but n’est pas de produire plus pour gagner plus, mais de construire moins pour construire mieux ! Nous travaillons sans stock et chaque produit est fabriqué à la main.

Tu t’es senti accompagné ?

Dans ma façon d’être, je n’ai jamais vraiment cherché à être accompagné. Je savais que la possibilité était là, mais je ne l’ai jamais vraiment fait. Ce qui ne m’a pas empêché de passer beaucoup ou de téléphoner souvent. Certaines personnes ont besoin d’être couvées, ce n’est pas mon cas. Il faut également réapprendre aux gens à être patients, à ne pas brûler les étapes. Même si on veut faire un investissement ou un prêt, les conseils de Smart sont précieux. Smart a un recul que le travailleur n’a pas toujours.

 
Coopérer c’est ?
 

Ne pas être égoïste, faire partie d’un groupe. Faire avancer son projet et en profiter pour faire évoluer celui des autres

 
En tant que sociétaire de Smart, je me sens ?
 

Rassuré ! Libre d’avancer seul

 
Depuis combien de temps utilises-tu les services de Smart ?
 

La première fois que j’ai travaillé via Smart, c’était pour un ami qui avait une activité d’infographiste. J’ai fait quelques contrats pour lui et c’est à la suite de discussions qu’il m’a poussé vers Smart pour le développement de ma propre activité.

 
 
1 La culture maker (de l’anglais make, lit. faiseur) est une culture (ou sous-culture) contemporaine constituant une branche de la culture Do it yourself tournée vers la technologie. (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_maker)