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Alexis Durand Jeanson
Un arbre d’innovations solidaires

Expliquer, former, diffuser, et mettre en valeur celles et ceux qui se bougent et qui réinventent chaque jour nos façons de nous rencontrer, de concevoir nos villes, d’associer les compétences en tissant un réseau fait de complémentarités. C’est tout le sujet qui mobilise l’énergie d’Alexis Durand Jeanson dans sa structure « Prima Terra faire école » sous les soleils de Provence… depuis 2010 pour former et relier les innovatrices et innovateurs par des projets pédagogiques, de recherche, ou d’accompagnement au développement en lien avec les administrations publiques. Or, quel meilleur environnement qu’une coopérative pour promouvoir le modèle coopératif ? C’est avec les outils mutualisés et l’esprit collaboratif de Smart qu’il déploie son entreprise pour des clients… locaux mais pas uniquement !


 

Alexis Durand Jeanson
35 ans
Facilitateur stratégique, formateur, enseignant-chercheur en innovation des territoires
Drôme provençale et partout
A rejoint Smart en 2018


Interview

Pouvez-vous nous résumer votre parcours ?  En quoi consiste votre activité ?

J’ai 35 ans. Je suis papa et habite en Drôme provençale, au milieu des oliviers, de la vigne et des lavandes (et devant mon ordinateur une partie de mon temps !). Après un cursus initial en Paysage, de la bêche à la planche à dessin, et un complément en sciences de gestion (système de management et pilotage par les projets), j’ai cofondé en 2010 la marque PRIMA TERRA. Depuis, nous réalisons de la recherche, de la facilitation stratégique et de la formation-action à l’innovation territoriale pour des organisations publiques, privées et citoyennes du monde francophone avec le pôle des « Explorateurs des nouveaux territoires ».

Nous avons également développé un autre pôle, « Les associés de l’innovation territoriale », qui fournit du mentorat « pro bono publico » pour donner de notre temps, et de l’investissement participatif pour réinjecter une partie de nos plus-values et compétences dans des projets que nous apprécions. L’apport financier est souvent symbolique, mais nous constatons que ces dynamiques d’intérêt général enclenchent alors souvent des logiques de réciprocité entre parties prenantes, en devenant partenaires des uns et des autres. Et nous sommes donc parfois à l’origine de ce pas de côté vers plus d’interdépendance solidaire. En somme, les territoires se bâtissent et s’enlacent…

Pour partager nos expériences, nous avons également créé « Prima Terra Éditions libres ». Nous parlons de sujets émergents, de dynamiques coopératives, pour rendre visible des plaidoyers issus de nos territoires de vies. Ici, les terroirs se racontent, les expériences locales résonnent.

Enfin, je porte depuis quelques années une activité de recherche, en lien avec des écoles et laboratoires variés. Le fil rouge a pour sujet l’exploration des liens entre l’innovation, comme possibilités de réinvention et de transformation pratique et partagée, et les territoires, comme point d’ancrage ou d’atterrissage, qu’ils soient administratifs, imaginaires ou organiques.

"Les terroirs se racontent, les expériences locales résonnent"

Être coopérateur de Smart, ça représente quoi pour vous ?

Être coopérateur de Smart, c’est l’occasion d’illustrer au quotidien la force de la coopération que je préconise le plus souvent pour nos commanditaires. Cela me permet également de me confronter aux difficultés, aux limites structurelles ainsi qu’aux possibilités que cela offre, ne serait-ce qu’en termes d’imaginaire positif !

J’ai ainsi rejoint en 2020 la marque  « Formaka.org » qui a été fondée par Jérôme Staub, également membre de Smart, qui accompagne à la frugalité – c’est-à-dire à la juste mesure – les organisations qui se questionnent sur les possibles et les limites du numérique.

"J'ai retrouvé du temps !"

Comment avez-vous été impacté par la Covid-19 et comment vous êtes-vous adapté à la crise ?

Une très grosse partie de l’activité se déroulait en présentiel, avec des facilitations de groupes, des co-animations d’ateliers ou encore des formations. J’avais heureusement depuis les débuts commencé à constituer des ressources en ligne, avec un site sous forme de carnet de notes avec plus de 300 articles et 30.000 vues mensuelles, une chaîne de TV thématique sur YouTube, une présence sur des réseaux sociaux professionnels…

Par ailleurs, j’avais amorcé de nombreux cercles réflexifs avec des personnes de mon entourage professionnel, sur des sujets qui me semblaient intuitivement d’avenir.

Enfin, j’avais mobilisé un coach super et également coopérateur de Smart, Samuel Chemin, qui m’a aidé à trouver des clés tout au long de l’année pour mieux me comprendre, conforter mes projets et sélectionner ce qui pouvait être bon pour moi. J’avais conscience qu’il me fallait agir, sans trop savoir par où commencer. Ce fut précieux. Le premier confinement en France a accéléré ces intuitions. J’ai ainsi déployé une activité de mentorat en ligne pour des plateformes de formation, des formations en classe virtuelle pour mes clients existants, et le lancement de nouvelles marques accueillies au sein de Smart et des collectifs autour de projets communs, en région Occitanie et ailleurs.

J’ai par ailleurs proposé par solidarité des sessions gratuites de coaching à des gens dans le besoin, via Linkedin. Des rencontres incroyables sont sorties de là… Et j’ai pris une parcelle de jardin partagé en famille, qui m’a permis de renouer avec la culture vivrière et la transformation culinaire (bocaux, sauces, etc.). Et ça, c’est vraiment le bon côté : j’ai retrouvé du temps !

"Concilier encore davantage utilité sociale et résultats professionnels"

Est-ce que la culture de la coopération vous a aidé à vous repositionner ?

La culture de la coopération a été indispensable pour rebondir. Mon entourage a été très présent, il y a eu beaucoup de partages sur nos questionnements, nos aspirations, nos craintes, tout cela sans filtre. Cela a permis de faire le tri… et de rebondir bien plus agréablement que je ne l’imaginais. Cette posture de confiance « a priori » et de réciprocité recherchée m’a donné l’occasion de me retrouver, de rêver de nouveau et de donner des coups de main autour de moi. Bref, de concilier encore davantage utilité sociale et résultats professionnels.

Quel est le bilan de cette année Covid pour vous ?

Cette année a été particulière pour moi. Positive, il faut l’avouer. J’ai vécu une transformation de mes activités, avec des métiers qui sont tout à fait nouveaux aujourd’hui. J’ai vécu de belles rencontres, dont certaines m’ont permis de lier des amitiés. J’ai renoué avec le temps maîtrisé, en donnant du temps à d’autres projets, à la famille, la cuisine, à l’écriture comme la lecture… En somme, cette période 2020 a donné une occasion de faire des choix et de conforter mes convictions en faveur de la coopération, surtout celle des proximités, avec ses voisins sectoriels comme géographiques, ses proches. Une coopération qui rend visible tous les jours les actions pour chercher « le mieux ».

"L'avenir tel un arbre"

Quelles sont vos perspectives pour le futur ? Imaginez-vous un changement permanent de votre activité ?

Pour la suite, j’imagine l’avenir tel un arbre.

Pour une part, des racines qui m’ancrent dans des lieux, dans des sols particuliers que j’aime, m’investissant sur des projets concrets, gourmands et généreux. De l’autre, des branches qui se déploient et se relient à d’autres végétations variées, et qui me permettront de poursuivre mes activités « plus nuageuses » mais néanmoins nécessaires : la recherche, la facilitation stratégique, l’investissement responsable et la formation. La photosynthèse a besoin d’air ! Et bien entendu, à moi de construire une forme d’équilibre et de stabilité au niveau du tronc, pour ne pas me perdre dans cette forêt en devenir… Bref, je me fais confiance et tout autant à ceux qui m’entourent.